En réalité, l’histoire commence bien avant 1975. En 1893, Joséphine Buy souhaite l’implantation de religieuses garde-malades. Les sœurs trinitaires s’installent alors sur la colline face à la citadelle. Vouées aux soins et à la mission sociale, elles rayonnent sur toute la ville : soins aux malades, accompagnement des mourants, patronage.
Les anciens se souviennent des sœurs allant à pied au chevet des malades ; en 1948, place au vélo puis à la mobylette ; en 1957, grâce à une souscription des Forcalquiérens, à la fameuse 2CV. L’anecdote dit tout : 20 000 km parcourus en 1976 et 11 462 actes, dont 8 619 à domicile, réalisés cette année-là par sœur Odette et sœur Marie-Thérèse, toutes deux diplômées d’État.
La qualité des soins, hier comme aujourd’hui, est le fil rouge de la maison. Du dispensaire ouvert jour et nuit au centre de soins conventionné, puis à l’EHPAD de 44 résidents « chouchoutés » par 35 salariés, l’exigence n’a jamais varié. Le Conseil départemental l’a souligné : concilier rigueur technique — sécurité, hygiène, normes — et chaleur humaine, faire du résident non un « objet de soin mais un sujet », voilà le défi quotidien des équipes. Le directeur, André Modot, a rendu hommage au personnel, présent jusque dans l’épreuve du Covid : « Les applaudissements sont partis, le personnel, lui, est toujours présent. »
Le regard de sœur Jean-Gabriel, présidente de l’association Lou Seren, a donné à la cérémonie sa dimension spirituelle. « S’enraciner pour grandir, libre pour aimer » : « les racines sont là pour faire grandir, elles ont bien pris à Forcalquier et fleuri jusqu’en Colombie, à Madagascar, au Congo, en Corée. Et une œuvre est belle quand elle porte du fruit. » Mais, reprend-elle, « la mission des trinitaires, c’est de semer, pas de récolter ». Remettant au père Devert le livre d’histoire de la maison, elle poursuit : « Nous sommes heureuses de transmettre ce relais. » Le père Devert l’affirme : « Nous chercherons, non pas à aider à mourir, mais à aider à vivre. »
Les anecdotes ont jalonné les discours : le maire transportant lui-même une sœur en fauteuil, escortée par les gendarmes ; ou cette ancienne élève de maternelle reconnaissant son aide-soignante. Autant de signes d’un ancrage profond.
Cette semaine festive — portes ouvertes, conférence, projection, loto solidaire — s’est achevée le 25 octobre par la messe en la co-cathédrale Notre-Dame du Bourguet, présidée par Mgr Gobillard.
Les racines sont là, le relais est pris. Sous le soleil de Provence, « la paix du soir » promet de durer.