Famille trinitaire

19/04/2022

Entretien avec Père Antonio A. Fernández, président du S.I.T.

Père Antonio A. Fernández : “Notre objectif est de sensibiliser au manque de liberté religieuse”

A l’occasion du Congrès sur les chrétiens persécutés qui aura lieu les 25 et 26 avril au Vatican, nous nous sommes entretenus avec le Père Antonio Aurelio Fernández, directeur du SIT et Conseiller général de l’Ordre de la Très Sainte Trinité. Le Père Antonio Aurelio s’est concentré sur l’aide et la sensibilisation des chrétiens persécutés dans le monde, c’est pourquoi les projets dans lesquels SIT a travaillé en Irak, au Nigeria ou en Inde se distinguent.

Pourquoi a-t-on décidé d’organiser un congrès sur les chrétiens persécutés dans le monde ?

R : Solidarité Internationale Trinitaire, organise chaque année un congrès dans lequel ils réfléchissent sur la liberté religieuse dans le monde. Chaque année, un pays différent est choisi, afin que ce message puisse atteindre plus de pays. Cette année a été le moment de Rome. La trajectoire que SIT a eue pendant des années dans ce domaine suscite de plus en plus de participation en raison de l’importance que revêt le sujet.

La montée de l’intolérance religieuse est ce qui nous pousse à réunir des personnalités du domaine des droits de l’homme, des journalistes, des théologiens et des leaders culturels pour réfléchir sur la dignité de la personne humaine face à la persécution et à l’absence de libertés.

Pendant deux jours, différentes personnalités parleront des chrétiens persécutés, que retiendriez-vous du contenu qui va être exposé ? Pourquoi pensez-vous que c’est intéressant pour le public ?

R : Le contenu glisse entre l’aspect politique et civil du droit à la liberté religieuse et les témoignages de personnes ou d’organisations qui souffrent de l’absence de ce droit fondamental pour l’humanité. Non seulement nous y travaillerons comme un espace spéculatif ou “technique”, mais aussi des histoires vraies de cas spécifiques seront entendues. En ce sens, l’intérêt suscité par ce type de rencontre est mis en évidence par le nombre d’articles ou de réflexions que l’on peut trouver sur les réseaux sociaux à ce sujet. Le montant de ces travaux ou communications s’élève nettement.

En effet, face à cette croissance, notre congrès veut proposer des alternatives à la construction de libertés implicites dans le cadre d’un dialogue sincère et ouvert. Compte tenu de l’augmentation de l’intimidation de la liberté de croyance, nous proposons un effort conjoint où les différentes cultures et religions occupent le devant de la scène. Nous présentons un chemin parcouru avec les acteurs religieux qui proclament la religiosité de la paix et de la liberté.

Quelle est la situation actuelle des chrétiens persécutés ?

R : La persécution religieuse a augmenté au cours de la dernière décennie. Le mouvement de cette persécution change de physionomie, ce n’est plus une persécution aussi ouverte, avec des informations justifiées, mais, ayant eu des répercussions dans la presse, elle cherche à mettre en œuvre une menace et un danger plus silencieux, qui ne fait pas de bruit. D’où l’importance de ces conférences sur la persécution religieuse ou l’absence de liberté religieuse.

La liberté religieuse n’est pas considérée seulement comme une privation de coercition, c’est un droit qui est implicite dans la nature humaine elle-même. La personne, dotée de la capacité de raisonner, est capable de regarder au-delà de ses propres possibilités et de découvrir une dimension qui dépasse toutes ses propres limites. Cette transcendance n’est pas une option, c’est un lien qui l’unit à sa propre capacité à agir sur elle. Ainsi cette liberté de « transcender » pour rechercher sa propre foi est une part décisive et fondamentale de la personne.

Le Congrès se tiendra au Vatican et il y aura une audience préalable avec le Saint-Père. Pensez-vous que ce fait est significatif en termes de soutien et d’aide que les chrétiens persécutés peuvent recevoir ?

A : Pour nous, ce public a été un renfort pour tout ce que nous avons fait. Non seulement le fait de pouvoir célébrer le Congrès dans un espace réservé à la prise des plus grandes décisions de la hiérarchie ecclésiastique au niveau de l’Église, mais surtout à cause de l’audience privée que le Pape nous a offerte. De plus, dans celui-ci, nous écouterons ses paroles et ses recommandations dans ce travail. Il sera comme un guide dans les années à venir pour notre engagement envers la liberté religieuse.

Quels objectifs entendez-vous atteindre avec ce Congrès ?

R : Le premier objectif est la sensibilisation. Faites connaître les conflits qui surviennent à cause du manque de liberté religieuse. Informer que ce droit est un bien essentiel de toute culture et de toute personne. La personne est un être social, c’est-à-dire qui se construit dans les relations avec les autres. Dès lors, le droit à la liberté religieuse ne peut pas être un droit qu’on oblige à exercer dans le caché, dans le secret, au plus intime de la personne, mais englobe aussi cette dimension de relation, d’ouverture, de culturalité. La liberté de la personne n’impose pas qu’elle se comporte d’une manière lorsqu’elle est chez elle et d’une manière différente lorsqu’elle n’y est pas. Ainsi, la liberté religieuse est un droit implicite de la personne, où qu’elle se trouve, puisqu’elle est tacite de l’essence humaine.

De plus, la liberté religieuse a pour héritage la paix des peuples. C’est un droit de construire la paix. S’il n’y a pas de liberté de croyance, il n’y aura pas de vraie paix et la paix de cette culture sera fragile et périssable, ce qui sera brisé par tout conflit, aussi faible soit-il.

C’est notre engagement et notre volonté.