Spiritualité de la Trinité : Communion de lumière et d’amour

La Trinité, un mystère? Mgr Follo nous montre que notre foi en Dieu Trinité a des applications bien concrètes…

 

Trinité : Communion de lumière et d’amour

Dans cette méditation, Mgr Francesco Follo, Observateur permanent du Saint-Siège à l’UNESCO, à Paris, offre un commentaire théologique et spirituel des lectures de la fête de la Sainte Trinité.

1) Dialogue de Communion

La célébration d’aujourd’hui (fête de la Sainte Trinité) est une fête qui nous fait célébrer d’une manière unitaire ce que – de Noël et à la Pentecôte – nous avons contemplé comme les facettes d’un diamant. Aujourd’hui nous contemplons le diamant dans son ensemble.

Dieu n’est pas solitude, mais parfaite communion. C’est pour cela que la personne humaine, image de Dieu, se réalise dans l’amour, qui est un don sincère d’elle-même.

C’est un Dieu qui est amour et dialogue, non seulement parce qu’il nous aime et dialogue, mais parce qu’il est, Lui, un dialogue d’amour ;

Le théologien Romano Guardini écrivait à propos du signe de la croix : « Nous le faisons avant la prière afin qu’il nous mette spirituellement en ordre. Il concentre en Dieu nos pensées, notre cœur et notre vouloir. Nous le faisons après la prière, afin que ce que Dieu nous a donné reste en nous. Le signe de la croix embrasse tout l’être, le corps et l’âme … Et tout est consacré au nom de Dieu »

… Si la Bible dit que nous devons vivre dans l’amour, dans le dialogue et dans la communion, c’est parce qu’elle sait que nous sommes tous « image de Dieu ». Rencontrer Dieu, faire l’expérience de Dieu, parler de Dieu, donner gloire à Dieu, tout cela signifie – pour un chrétien qui sait que Dieu est Père, Fils et Esprit – vivre dans une constante dimension d’amour, de dialogue et de don.

La Trinité, pour laquelle nos cœurs sont une demeure,  est communion d’amour, et la famille en est la première et plus immédiate expression. L’homme et la femme, créés à image de Dieu, deviennent dans le mariage « une seule chair », soit une communion d’amour qui génère une nouvelle vie. La famille humaine est donc image de la Trinité pour l’amour entre les personnes et pour la mission de donner la vie.

2) Un mystère lumineux et pratique.

La Trinité est un mystère vraiment lumineux : en nous révélant Dieu, ce mystère a révélé ce que nous sommes. Je dirais de plus, la vie chrétienne se déroule, du début à la fin, dans le signe et en présence de la Trinité.

A l’aube de notre vie, nous avons été baptisés « au nom du Père et du Fils et du Saint Esprit », et à la fin, si nous avons la grâce de mourir chrétiennement, ces paroles seront récitées à notre chevet : « Pars, âme chrétienne, de ce monde : au nom du Père qui t’a créée, du Fils qui t’a sauvée, et du Saint Esprit qui t’a sanctifiée ».

Entre ces deux moments qui nous ouvrent à la vie pour entrer dans la Vie, il y a d’autres moments qui pointillent le chemin du chrétien et qui sont caractérisés par l’invocation de la Trinité. « Au nom du Père, du Fils et du Saint Esprit » : les époux sont unis dans le mariage et ils s’échangent les anneaux de la fidélité. « Au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit » : les prêtres et les évêques sont consacrés. Les Vierges consacrées dans le monde font aussi leur consécration dans la Sainte Trinité (cf Rituel de Consécration, renvoi, N° 36 : « Que Dieu notre Père vous garde toujours….Que Jésus, Notre Seigneur vous donne…une vie heureuse et féconde..Que l’Esprit Saint vous anime de sa force…). « Au nom de la Trinité » : c’est par cette invocation que nos prières et nos actions commencent. La Trinité est le nid (les « entrailles maternelles» dans lesquelles nous avons été conçus (Cf Eph 1,4) et est aussi le « port » vers lequel nous naviguons tous. C’est « l’océan de paix » où tout afflue et dans lequel tout coule en un incessant flux d’amour.

Sainte Catherine de Sienne nous aide à « comprendre » ce mystère avec une image très simple et lumineuse. C’est l’image du poisson qui vit et bouge dans l’eau de la mer, de façon illimitée ; le poisson vit de l’eau et dans l’eau, et celle-ci entre en lui; mais cette petite créature ne sait pas à quel point l’élément dans lequel elle vit est grand, puissant et bénéfique. Toutefois, le poisson vit, joue, grandit et se multiplie dans la mer.

Il arrive la même chose à l’homme en face au Mystère de Dieu-Trinité. L’homme est trop petit pour Le comprendre, toutefois, par grâce, la vie de Dieu coule en elle. Par grâce Dieu se plie jusqu’à elle et lui parle, avec la tendresse du Père, avec la confiance du Frère, avec la force de l’Amour. Même en restant mystérieuse, la réalité de l’amour du Dieu Un-Trine enveloppe l’homme qui, en réalité, vit et vit d’elle.

Dieu est amour : pour cela, Il est Trinité, c’est la conclusion à retenir de l’affirmation de Saint Augustin : « L’amour suppose une personne qui aime, une personne qui est aimée et un personne qui est l’amour même ». Dans la Trinité, le Père est celui qui aime, qui est la source et le début de tout ; le Fils est celui qui est aimé, le Saint Esprit est l’amour avec lequel ils s’aiment.

Par contre, pour beaucoup de chrétiens le mystère de la Trinité est « quelque chose » d’abstrait. Et non seulement ils ne font rien pour comprendre cette nouvelle que Dieu est amour parce qu’il est Trinité. … Et pourtant, il ne suffit pas de faire des études de théologie pour accueillir cette vérité d’amour. Il ne s’agit pas d’un concept abstrait et, chaque personne qui vit la vie chrétienne sérieusement peut le comprendre, même s’il n’a pas fait d’études théologiques particulières.

Un jour, un prêtre demanda à un paysan : « La Trinité est-elle un concept abstrait ? » Le paysan répondit : « Si Dieu n’était pas Trinité, il serait égoïsme absolu parce qu’il ne pourrait aimer que lui-même en étant immergé dans la solitude infinie. Compris? » …

Avec leur consécration, les femmes consacrées, avant d’être signe de fraternité et service de charité, sont profession de foi dans la Sainte Trinité.

Très Sainte Trinité – Année B – 31 mai 2015, lectures du rite romain : Dt 4,32-34.39-40; Ps 32; Rm 8,14-17; Mt 28,16-20

Traduction d’Océane Le Gall