Message du Pape

à l’occasion de la Saint Jean de Matha…

Nous sommes tous appelés à expérimenter la joie qui naît de la rencontre avec Jésus, pour vaincre notre égoïsme, sortir de notre propre confort et avoir le courage de rejoindre toutes les périphéries qui ont besoin de la lumière de l’Évangile. (cf. Evangelii gaudium, 20). C’est ce qu’ont fait par leur vie et leur courage apostolique saint Jean de Matha et à saint Jean Baptiste de la Conception. Ils vivaient une vie religieuse respectable, sans doute plus commode et sûre, mais ils ont reçu un appel de Dieu qui les bouleversera complètement et les poussera à proclamer leur foi en l’Evangile en se dépensant et en s’épuisant en faveur des plus nécessiteux, de ceux qui souffrent le plus, de ceux à qui le monde voulait supprimer cette joie. A travers les siècles, en parfaite syntonie avec l’esprit des fondations, la Maison de la Sainte Trinité a été la maison du pauvre et de l’abandonné, un lieu où l’on soignait les plaies du corps et de l’âme, et ceci par la prière, qui comme le dit si bien votre saint réformateur, est une médecine meilleure que tous les remèdes, et par le dévouement inconditionné et le service désintéressé et affectueux. Le travail, l’effort et la gratuité se trouvent condensés dans la Règle de saint Jean de Matha … De fait, pour les Trinitaires il est clair, et d’eux nous devons tous l’apprendre, que dans l’Eglise toute responsabilité ou autorité doit être vécue comme un service. Ainsi notre action doit être libre de tout désir de lucre ou de promotion personnelle et doit toujours favoriser la mise en commun de tous les talents reçus de Dieu, pour les orienter, comme de bons administrateurs, vers la finalité pour laquelle ils ont été concédés, c’est-à-dire, pour soulager les plus défavorisés. Ceci est l’intérêt du Christ, et pour cela les maisons de votre Famille ont «la porte toujours ouverte» pour l’accueil fraternel (Directoire primitif des Sœurs trinitaires, 2, cf. Evangelii gaudium, 46).

Maintenant en m’unissant à votre chant de louange à la Très Sainte Trinité pour ces grands saints, je vous demande que suivant leur exemple, vous ne vous lassiez pas d’imiter le Christ et avec la force de l’Esprit Saint, vous vous consacriez avec humilité à servir le pauvre et le captif. Aujourd’hui ils sont nombreux. Nous les voyons chaque jour et nous ne pouvons passer outre, en nous limitant à dire une bonne parole; le Christ ne s’est pas comporté ainsi. Avoir les sentiments du Christ est une condition vitale pour voir son visage en celui qui souffre, en lui offrant la consolation et la lumière qui naît de son Cœur transpersé. Osez donc prendre l’initiative»(cf. Evangelii gaudium, 24) ainsi comme saint Jean Baptiste de la Conception proposait à ses frères avec l’image sympathique d’un jeu de cartes, cherchant à faire comprendre que dans le pari pour le pauvre nous gagnons la vie authentique et bienheureuse. Pour le saint, voilà le défi que Dieu nous lance: ses pauvres, et si nous perdons cette main, nous dit-il, nous sommes totalement perdus.

Ne cherchez pas d’autre fondement pour vos œuvres et vos initiatives apostoliques que celui de «la racine de la charité» et de «l’intérêt du Christ», que mon prédécesseur Innocent III a considéré comme repères essentiels de ce nouveau mode de vie qu’il approuva par son autorité apostolique … En vous saluant, tandis que j’élargis la bénédiction apostolique sur tous les membres de l’Ordre et de la Famille trinitaire, je vous demande, comme cela appartient à votre tradition immémoriale, de ne pas cessez de prier pour le Pape. Je sais que cette intention avec celle pour les pauvres est constante et que vous les présentez au Seigneur tous les soirs.

Je me réjouis de savoir que vous mettez dans une même prière l’Evêque de Rome et les plus pauvres, cela me rappelle que je ne peux les oublier, comme Jésus qui ne les a jamais oubliés, qu’il ressentait au plus profond de son Cœur qu’il a été envoyé pour leur porter une bonne nouvelle et qui par sa pauvreté nous a tous enrichi (cf. Lc 4, 18 ; 2 Cor 8, 9). Qu’Il vous bénisse et que le Vierge Sainte prenne soin de vous. Fraternellement, L.S. Du Vatican, le 17 décembre, solennité de saint Jean de Matha, de l’an 2013, première année de mon Pontificat.