Éditorial Octobre 2009

« Habitons nos espaces de liberté… »

 Avant d’aborder notre thème d’année, je voudrais saluer tout particulièrement nos nouveaux lecteurs : soyez les bienvenus dans notre famille que vous allez apprendre à connaître peu à peu. Sachez, entre autre, que ce journal est lu dans plus de seize pays et pas seulement par des personnes proches de nos établissements scolaires.

A ce propos, j’en profite pour dire que si j’évoque chaque année dans mon éditorial un thème choisi effectivement pour des écoles, j’écris toujours en pensant à chacun de vous qui avez la patience de me lire, en faisant en sorte que vous puissiez prendre à votre compte personnel ce qui est écrit. C’est une façon pour moi de respecter l’être unique que vous êtes.

 « Habitons nos espaces de liberté » est donc le thème de l’année
2009-2010. Il n’a pas été choisi au hasard. Il a pour but de revisiter des lois françaises concernant l’Enseignement Catholique. C’est une manière de ne pas oublier notre identité et de revoir comment nous répondons à notre vocation d’éducateurs chrétiens. Réflexion essentielle qui peut largement dépasser nos frontières.

Certains auront peut-être un sentiment de déjà vu par rapport au thème de l’année dernière, mais ne faut-il pas y voir, au contraire, une continuité et une possibilité d’approfondissement ?

Il y avait un dynamisme dans le fait « d’ouvrir des chemins de liberté ». Il fallait y marcher hardiment, à la rencontre de l’autre.

« Habiter nos espaces » paraît plus serein ; On se sent invité à prendre le temps de s’asseoir et de réfléchir.

« Habiter », c’est être là, présent ; être chez soi, là où l’on peut nous retrouver, disponible pour accueillir.

« Habiter » évoque un espace intérieur où l’on aime trouver lumière, chaleur, paix et convivialité.

A ce stade, on peut se demander s’il n’y a pas une contradiction entre les termes « habiter » et « espaces de liberté » qui évoquent davantage les vastes horizons. Et j’en viens à me poser une question : Et si nos espaces de liberté étaient en nous ? Ne serions-nous pas alors invités à aller plus en profondeur, à descendre en nous-même afin de ne pas habiter… hors de nous-mêmes ?  Il est bon de descendre régulièrement à l’intérieur de soi pour se ressourcer, se recréer, puiser la paix et la force avant de repartir plus loin.

C’est une interprétation personnelle, j’en conviens, mais il me semble que nous sommes tous appelés à plus d’intériorité, surtout dans une société qui en manque cruellement. C’est d’ailleurs, parmi d’autres, un des objectifs que doit se fixer l’Enseignement Catholique. Sans intériorité, l’homme risque de se perdre et je pense aux jeunes tout particulièrement. Jean-Paul II leur écrivait justement :

« La conquête de votre intériorité, est la clé d’une vie qui vaut la peine d’être vécue parce qu’elle devient une extraordinaire découverte, jamais finie de soi-même, des autres, du monde et de Dieu » (Fribourg – Mai 1984).

Voici la clé d’une vie réussie dans un monde qui bien souvent préfère se passer de Dieu. Et je ne trouve aucune parole plus adaptée que la sienne pour nous faire entrer dans ce thème d’année :

« Voici que je me tiens à la porte et je frappe ; si quelqu’un entend ma voix et ouvre la porte, j’entrerai chez lui pour souper, moi près de lui et lui près de moi. » (Ap 3-20).

 Oui, le Seigneur frappe à notre porte. Lui ouvrirons-nous ?

L’entendrons-nous nous dire, comme à Zachée : « Descends vite car il me faut aujourd’hui demeurer chez toi ». (Luc 19.5).

Ouvrir à Dieu la porte de notre cœur, c’est commencer par « habiter » à l’intérieur avant d’aller se produire au dehors où les autres nous attendent. Car « habiter » ne veut pas dire « s’enfermer ». Il reste les espaces et les vastes horizons… Ceux de notre liberté !

                                                                            Sœur Bénédicte-Marie