Editorial Mai 2015 – « A la semaine prochaine ! »

Chers amis,

Ce Trait d’Union sent bon l’Évangile. Plus exactement, il sent bon « la périphérie ! »

Si en effet le pape François nous exhorte régulièrement à sortir « aux périphéries de nos existences », notre chapitre en 2011 nous avait déjà invitées à sortir davantage de nos maisons pour « aller vers » les autres et en particulier vers les plus pauvres.

Or, vous trouverez dans ce journal plusieurs témoignages de vie tels que l’alphabétisation d’adultes, l’aide aux immigrés et aux sinistrés, les visites aux prisonniers… Les exemples ne manquent pas.

Mais nous voulons aussi collaborer davantage avec les laïcs. Ceux et celles qui désirent vivre de notre spiritualité s’engagent peu à peu avec nous dans des projets variés… Or, lors d’une récente visite à Paris, j’ai eu la joie de rencontrer un groupe de laïcs trinitaires qui a la particularité de rassembler les familles !

La soirée commence par les vêpres chantées joyeusement. Ravis, les enfants marquent le rythme avec des instruments de tous pays. Puis tandis que les jeunes sœurs animent le groupe des plus jeunes, les adultes échangent dans le calme avant de partager un grand repas familial. Ce sont des rencontres toujours attendues avec impatience et qu’on ne manquerait pour rien au monde, quels que soient les âges.

Et c’est ainsi que les laïcs ont accompagné pour la première fois les sœurs qui servent le petit-déjeuner aux SDF à la paroisse des pères trinitaires.

Hésitation d’abord, peur ensuite de l’inconnu… On cherche des excuses et puis on se dit : « Faisons-le au moins une fois pour voir » et c’est parti.

Tout commence par l’installation des tables et la célébration de la messe à laquelle « serviteurs » comme « invités » sont conviés. Première étonnement : ce clochard qui vient faire la lecture… il ne paie pas de mine mais il lit remarquablement bien !

Puis, arrivent les premiers contacts, les salutations joyeuses des gars de la rue, leurs confidences qui nous sortent de nos « à priori ». Oui, certains sont diplômés, la plupart intelligents, voire cultivés et tous ont connu « la galère ».

Qui serions-nous pour juger des personnes qui ont un tel vécu ?

Malaise ressenti… on aurait alors envie de les aider en sortant un chèque !

Mais eux ne demandent rien. Ils ne sont pas venus pour « ça ».

Ils sont venus pour nous rencontrer, pour vivre ce moment chaleureux où l’on se parle sans calcul, en vérité, sans rien attendre que cet instant présent durant lequel on peut espérer être regardé sans mépris ni condescendance.

Ceux qui viennent pour aider perdent leur sentiment de supériorité et une relation amicale s’installe peu à peu. Car la véritable communion, la vraie relation implique nécessairement une certaine égalité et un changement de regard.

L’échange est fort mais une petite voix intérieure se fait entendre au fond de soi : « Est-ce que je reviendrai ? » Et c’est là que l’invité du jour vous tend la main, heureux, et vous dit : « Alors, à la semaine prochaine ! »

Mais y aura t’il une semaine prochaine ?

Cette rencontre a pourtant été source de joie et de vie pour les invités comme pour les serviteurs.

Mais la vie, il faut la puiser à sa Source c’est à dire dans la prière où l’Esprit Saint nous presse de sortir pour servir nos frères et sœurs en humanité afin de leur dire en actes : « Le Seigneur t’aime, Tu as du prix à ses yeux et tu comptes beaucoup pour Lui ! »

N’est-ce pas un peu ça la Résurrection ?

Alors… et je vous le souhaite : « A la semaine prochaine ! »

Sr Bénédicte-Marie